Dimanche 6 septembre 2009
Ces quelques jours qui viennent de s'écouler ont été pour chacun de nous l'occasion de prendre un peu le temps d'apprécier le résultat du travail accomplis. Nous
sommes en plus pour la plupart retournés sur le chemin du boulot. Ces quelques jours au Portugal riches en expériences, émotions, enseignements et en rencontres ont aussi été, disons le,
physiquement assez rudes.
Imaginez, sans compter ce que chacun apportait par ses propres moyens, le Barbuz'van était chargé de non moins que d'une tonne cent de matériel... Et oui pour mener
à bien ce genre d'expédition et afin d'avoir une autonomie complète, c'est 3 B50 d'oxygène et une d'hélium, un compresseur, de la chaux sodée, un nombre incroyable de relais (pas moins de 14
blocs pour ma part), le recycleur, les pièces de rechange et outillage, etc...
Grace à l'oeil (et aux bras) d'Alex, tout ceci est entré dans le véhicule... C'était sans compter sans les aléas de la route car à mis chemin (du côté de Vitoria),
le pneu arrière gauche décida de nous lâcher avec une grosse hernie sur la bande de roulement. 150kms à vitesse réduite sur l'autovia, jusqu'à Briviesca... Heureusement le lendemain matin un
garage non loin de là nous aura permis avec son matériel pro de nous éviter la longue manutention du chargement pour positionner la roue de secours...
Une fois arrivés sur les lieux, c'est donc le transfert de l'ensemble du matériel nécessaire à nos plongées (hors mis les recycleurs) qui a été transféré à
l'intérieur de la grotte. Les conseils de Piotr nous ayant été d'un grand secours...
Pas loin de 2h d'efforts...
La première surprise sera pour ce soir là le rendez-vous manqué avec Martin Burgui, notre plongeur extra-terrestre... Nous devions nous rencontrer à 19h et c'est
finalement avec quelques 10h de retard, en pleine nuit à la belle étoile qu'il arrivera à l'ancienne école de Covao Da Feto... Loin d'internet il n'a pas reçu les consignes. Il revenait d'une
longue plongée dans une cavité non loin de là, ayant effectué 200m de première et 5h de plongée méritée car 2h de marche sont nécessaires pour accéder à l'eau...
Très vite avec Laurent, nous envisageons de mettre en pratique notre apprentissage de la topographie des lieux, avec l'aide des dernières instructions de Martin.
Nous partons donc pour un peu moins de 2h de plongée avec un point bas dans la galerie principale à -70m. Objectif repérer les lieux, poser des flèches et avancer des relais.
Nous ressortons emballés par la vision de ces lieux magnifiques qui ne ressemble que très peu à ce que nous pouvons avoir dans le Lot. Ici cela n'est pas qu'un
conduit principal mais de nombreux shunts et départs latéraux... Une véritable dentelle... MAGIQUE!!!
Au bout de pas mal d'efforts, à l'arrivée de Jérôme, nous arrivons à positionner enfin la cloche de décompression par -12m, ce qui nous permettra d'effectuer nos
paliers au sec, sous O2 avec plus de sécurité en cas de pépins. "De la thérapie préventive" comme aime à le présenter Jérôme.
Lors de ce gros boulot, nous nous rendrons réellement compte de l'aide précieuse et des grandes compétences de plongeur spéléo du père Martin.
Martin est un chic type, discret, qui vit à Irun, au bord de la frontière Franco-Espagnole, au Pays Basque. Il est à l'origine de nombres de découvertes dans
Alviela. Jérôme l'avait rencontré il y a quelques années après lui avoir chipé la première d'une grotte qu'il explorait. Contrairement aux habitudes, Martin en fût très heureux. Avec lui, nous
passerons donc une super semaine sur et sous terre. En plus c'est là l'occasion de pratiquer activement la langue de Cervantes...
Arrive enfin le jour de la pointe (décalée car de nombreux imprévus nous y auront contraints). Comble de malchance pour nous, Jérôme est très enrhumé et ne peut
envisager une immersion dans ces conditions... Rapidement, les regards se tournent vers Laurent qui tel un pilote d'essais chez Ferrari se voit confier la mission de ce Grand Prix au pied levé.
Et c'est là que nous nous rendons compte de toute l'utilité d'avoir pris du temps jusqu'au dernier moment pour nous entraîner à tout envisager. Et hop, en quelques minutes, sa configuration de
plongeur d'assistance à -80max se transforme en plongeur de pointe... Le sort ayant décidé que les deux Padawan du pote Tautaz seront de la première sur cette expédition. Y serait-il pour quelque
chose???
Comme Laurent l'a si bien raconté dans le précedent article, ce fut une réussite en tout points. La plongée la plus profonde (-134m), la plus loin (950m environs),
assortie de 50m de première mais nous avons rencontré une étroitue par -127m et un sol argileux qui aura dégradé très vite la visibilité. Comme il l'a dit, c'est le paramètre TTS qui nous aura
obligé au demi-tour...
Qu'à cela ne tienne, nous avons effectué là pour nous deux notre première LOOONNNNNGGGUUUUEEE plongée avec 6h40!!!
Mais comme une aventure nous réserve toujours des surprises, le même jour notre ami Martin a découvert un nouveau départ dans la zone des -45m... Rendez-vous est
déjà pris pour une nouvelle plongée le vendredi, veille du départ pour moi. Laurent ne pouvant nous accompagner de par son emploi du temps serré... Las Jérôme lui doit nous quitter avec une
pointe de déception pour lui de n'avoir pu plonger mais avec la satisfaction de voir que l'expé a été productive. De plus ses précieux conseils et sa riche expérience nous auront été fondamentaux
pour cet exploit.
Après une journée de repos à visiter et deviser, nous reprenons donc, Martin et moi, le chemin de la vasque... Alex qui aura été aussi d'une aide immense (il n'est
pas dit qu'elle croira la brochure publicitaire des vacances au Portugal la prochaine fois), nous suivra depuis la surface afin de nous aider à remonter le matériel à l'aide d'une corde depuis le
fond.
Lors de cette sortie, je serai en serre file derrière Martin afin de prendre des images pour le SPE et lui-même, mais aussi pour apprendre de sa technique. Nous
partons donc avec l'idée de ne pas faire plus de 4h de plongée. La fatigue s'accumulant, nous ne souhaitons pas nous cogner encore de longues heures de décompression.
De nouveau cette belle ballade dans la gallerie jusqu'à la "salle de l'anguille" ainsi nommée car l'une d'elles avait été vue à la surprise générale quelques années
avant (pour ma part, j'en ai aperçu une à -80m lors de la pointe). Hop, un nouveau fil part sur le côté et là... Une superbe cheminée, large, que Martin a découvert deux jours avant. La suite se
trouve quelques mètres plus haut et se poursuit en s'enfonçant plus profondément dans cette roche sédimentaire (les différentes strates nous offrent des formes et des couleurs
magnifiques).
Stop! -67m, le fil s'arrête, là encore tel Lucky Luke, Martin dégaine son dévidoir (300m de fil dessus en 3mm!!!) et nous partons à droite. -80, -85, -88... Le KISS
dans cette configuration avec sa spécificité de recycleur fermé manuel, possède, contrairement au Boris qui a un solénoïde pour injecter l'oxy, une buse avec fuite permanente qui correspond au
métabolisme du plongeur. Ce système est donc limité par la moyenne pression que va lui délivrer le détendeur. Et donc à vos calculettes, à -90m, nous somme à 10 bars de pression absolue, soit ce
que délivre un premier étage... Avec prudence donc, mon chef de fil (c'est le cas de le dire) avance prudemment, l'oeil rivé sur l'écran, jusqu'à une pointe rocheuse afin d'accrocher la ligne.
-95m!!! Soit près de 60m de première...
Décidément Alviela est sympa avec nous.
Là, je gonfle mon volume pour rentrer, "Pschiiit...!". Plus rien dans ma 3l d'air... Il faut dire que le profil en yo-yo de ce début de plongée a tapé dans la
réserve. Qu'à cela ne tienne, la bonne préparation m'a fait envisager ce cas et je branche un relais 18/65 sur mon étanche... Ça va cailler (l'hélium est un gaz très conducteur thermique donc
très mauvais isolant)!
Les paliers profonds nous annoncent déjà que vu ce qui nous attends, nous devrons dépasser de plus d'une demi heure l'objectif de départ.
Martin est un adepte des "deep-stop" ce qui fait que nous prolongeons volontairement les paliers bas et adoptons une vitesse de remontée très lente. Arrivés en haut
du puits à Martin, la redescente de 8m nous autorise à une nouvelle progression à fond de scoot vers la "salle de l'anguille". Récupération des blocs de secours, nous repartons dans la galerie
plus ou moins horizontale vers une remontée jalonnée d'autres blocs de sécu et de stop de plus en plus longs. En chemin nous rencontrerons des habitants des lieux, petites crevettes, vers blancs
de la taille d'un grain de riz, mais aussi deux écrevisses...
Enfin nous arrivons au niveau de la cloche. Abandonnée là tel le LEM quelques 40 ans plus tôt dans d'autres cieux, c'est tout un ensemble de blocs, détendeurs et
scooter qu'il va falloir remonter en surface. J'ai la réelle impression d'être un remorqueur, plus un anneau de libre. Là il me faut gonfler à fond mon vêtement étanche pour ne pas rester collé
au fond. Mais, le peut d'air encore contenu jusque là ne suffit plus et une fois délesté de tout cet attirail, le froid s'empare de moi... Et là, "tilt!", j'ai une 7l d'oxy avec un
direct-système... Petite manip', vidage de l'étanche, rinçage à l'O2 et ouf, le chauffage central est revenu!!! C'est que là nous avons encore 25' à 9m puis 90' à 6m à
respecter...
Pour le dernier palier, je vous passerai la fuite sur ma 3l d'oxy, qui me fera faire des rinçage du recycleur la main sur le robinet, sous les yeux interrogateurs
de Martin. Je pense que là aussi, le "What if" est un exercice qui ne s'improvise pas et je suis heureux de savoir qu'au cas où, j'ai toujours à ma disposition suffisamment d'O2 si mon fidèle
Boris venait à prendre des vacances (un indicateur de cellule montrant une incohérence sur le primaire avec le secondaire)...
Enfin dehors, le temps de saluer Laurent et Nadège qui nous quittent, avec Alex et Martin, nous nous retrouvons à notre QG d'Alviela, autour d'un super plat de
grillades (les parts Portugaises sont très généreuses). De là, nous devisons sur cette nouvelle superbe plongée et sur les futures expéditions à faire ensemble, car c'est certain que nous
retournerons avec Martin.
La fin de la journée sera très laborieuse car après avoir respecté un repos de 4h30 depuis la sortie de l'eau, tout les trois nous attelons à vider la grotte de
l'ensemble de notre matériel encore présent. Et c'est à nouveau deux heures et demi d'effort, à bouger blocs, recycleurs, scooters et sacs de matériel divers, à la main et à l'aide de la
tyrolienne...
La nuit suivante se voudra reposante, mais le réveil une nouvelle fois de bon heure car c'est l'ensemble de l'équipe du SPE qui vient aux nouvelles. Il faut dire
que pour eux, nous avons plein de bonnes nouvelles à leur fournir ainsi que de nombreuses indications pour leur travail de topographie...
Re-vidage du van et re-remplissage, nous allons enfin profiter d'une belle journée de vacances avec Alex...
Qui a dit que j'étais un super commercial???
Pour cette semaine d'expéditions, il y a beaucoup de monde à remercier, car sans eux les difficultés rencontrées auraient été quasi insurmontables. Donc je tiens à
citer:
-David, qui nous a fait tous nous rencontrer et qui nous a transmis à Laurent et moi sa passion pour la plongée sout' ainsi que son énergie pour mener à bien ses projets. Là où la vie l'a mené,
je veux qu'il sache que nous pensons toujours très fortement à lui et qu'il est toujours près de nous dans ces moments là.
-Jérôme et Rose pour nous avoir accueillis et supporté (dans les deux sens du terme) lors de nos séjours dans le Lot.
-Nos compagnes pour leur aide et leur compréhension face à notre démarche.
-Manu et Nadia qui ont aussi permis nos rassemblement et soutenu dans les moments difficiles.
-Nos partenaires (Metalsub, SF Tech, Go2) qui croient en notre projet.
-Les amis (les deux Alain, Nico, Gery, Jérôme P., Steve, Denis, Jean-Louis et les autres) qui ont croisé les palmes à nos côtés cette année et qui continueront à le faire.
-Le SPE, qui nous a fournis un logement parfaitement équipé à 20' d'Alviela, qui a cru en nous et qui démontre une farouche volonté d'aller de l'avant.
-Les amis de la "Magic Island" qui me permettent d'illustrer nos images avec une musique qui correspond toujours à l'ambiance dans laquelle nous évoluons.
-Les pionniers qui nous ont montré le chemin à suivre.
-Ceux qui par leurs messages nous ont donné l'envie de poursuivre quand le sort s'acharnait.
-Tous ceux que nous avons croisé sur le chemin.
Mais ça ne s'arrête pas là, car très vite, je vais rejoindre Nico, Gery et Jérôme pour une nouvelle exploration du côté de Lussac... Et bientôt, le Tho Pa Ga???
L'aventure continue...
Par Barbuzard
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Vendredi 4 septembre 2009
Comme promis, vous l'attendiez, le voilà... Pour la rédaction, c'est Laurent qui s'y colle.
(Les photos sont d'Alex et moi-même)
CR de notre pointe à Alviela.
134 mètres de profondeurs
50 mètres de « première »
6h40 de temps total de plongée.
Récit par Laurent Petitjean.
NDLR : J’ai voulu faire ce compte-rendu pour vous faire par de cette expérience unique d’une plongée hors-norme. On pourra débattre des raisons et des motivations
d’une telle plongée. Ce n’est pas l’objet de ce compte-rendu.
Plongeurs :
Barnabé Moulin (Barbuzard)
barbuzard.over-blog.fr
Laurent Petitjean (Nitrox21)
www.nitrox21.com
Coach (planification, décompression, soutien moral…) :
Jérôme Meynié (DrJM)
www.snoopyloop.com
Plongeur d’assistance :
Martin Burgui
Support Surface :
Alex
Nadège
Matériel :
Barnabé :
- CCR Ourobouros.
- Scooter Silent-Submersion UV26
- Phare MetalSub
- Combinaison étanche SF Tech
Laurent :
- CCR Inspiration Vision
- Scooter Silent-Submersion UV18
- Phare Tyllitec.
Martin :
- CCR Kiss
- Matériel Cressi.
- Scooter Silent-Submersion UV26
Jérôme :
- CCR Ourobouros.
- Scooter Bonex
Voilà plusieurs mois que le groupe « Tek Around Europe » prépare une semaine au Portugal
pour continuer l’exploration de la source d’Alviela, au nord de Lisbonne.
Tek Around Europe
Nous avons fait pour cela de nombreuses plongées ensemble afin de mieux se connaître sous l’eau, de travailler des techniques de « réchap » et aussi pour affiner les préparatifs. C’était
des plongées sous-terraines dans le Lot, mais aussi en Bretagne.
Barnabé et moi arrivons le samedi soir, la route est longue et les voitures chargées au maximum. En effet, nous sommes
complètement autonomes en matériel en gaz et avons tout pour le gonflage (compresseur, stick, booster).
Nous avons avec nous, en plus des recycleurs et scooter, des blocs de secours… une bonne dizaine au total.
Jérôme nous rejoindra le lundi, avec encore des blocs à mettre dans l’eau…
Nous ne mettons pas moins de deux jours à tout mettre en place dans la grotte. En effet, l’eau est à une cinquantaine de mètres de l’entrée. Une tyrolienne est
en place pour nous aider. Il y a pas mal de portage à faire,
dur dur pour le dos. Mais nous ne sommes pas dans une configuration « fond de trou ». Il y a du portage sur 50m mais une échelle et les spéléos Portugais on installé
une sorte de ponton pour se mettre à l’eau. Le grand luxe.
Comble du bonheur, on a même installé l’électricité : Éclairage puissant et on peut recharger les scooters sans les sortir de la grotte
!
Il y a aussi la cloche de décompression à installer. C’est une citerne à eau (d’un mètre cube), avec son armature.
Nous allons la mettre dans l’eau, la positionner dans la galerie vers 12m et la remplir d’air. La pression de l’air
plaque la cloche qui ne bougera pas.
La cloche doit permettre aux plongeurs de pointes de faire une partie des paliers au sec, au chaud et leur permettre également de boire et manger.
Plusieurs plongées sont faites pour découvrir la galerie, repérer le fil d’Ariane, mettre des flèches pour indiquer le
retour et poser des blocs de secours.
Des blocs sont posés à 20m, 35m et 45m de profondeur avec les mélanges qui vont bien.
Des flèches sont mises en place à toutes les bifurcations afin de marquer le chemin du retour sans ambiguïté. En effet, cette
grotte est un vrai gruyère et cela part dans tous les sens. Il n’est pas question d’avoir des doutes sur le chemin du retour.
La cloche de
décompression avant sa mise à l’eau
Pas facile à
mettre en place
La veille de la plongée de pointe, les derniers préparatifs sont faits :
- Mise en place au niveau de la cloche de tous les blocs nécessaires : Ceux d’oxygène pour la décompression et ceux de trimix pour le « rinçage »
- Passage en revue du matériel
- Échanges sur le « what if ».
Le « What If » au restaurant
Le « What If » est une technique devant nous permettre d’envisager tout ce qui pourrait arriver au fond et prévoir la réaction à avoir.
- Que faire si un phare tombe en panne ?
- Que faire si un scooter tombe en panne ?
- Qui faire si …
L’idée est de ne pas laisser de place à l’improvisation, tout en restant objectif sur les risques et n’envisager que ce qui est possible (on n’a pas de bonne réponse
à « que faire si je perds le fil et mon phare et mes lampes de secours et que ma combinaison à un trou… »).
Enfin, on regarde une fois de plus la décompression envisagée. Cela fait plusieurs semaines que nous échangeons sur le sujet, que nous faisons tourner des run-time
dans tous les sens.
Les grands principes sont là :
- END maxi de 25m pour les bail-out.
- PpO2 maxi de 1.1 pour les bail-out. Ceci pour nous permettre de récupérer au mieux en cas d’hyperoxie au fond. - Les
blocs de secours sur le fils d’Ariane sont là pour nous permettre une déco rapide : PPO2 de 1.6 au niveau du fil.
- Pas de pic de PpN2 au changement de gaz.
- Nous choisirons un 7/87 comme diluant. Champ d’action important pour la profondeur, beaucoup d’Hélium pour ne pas être narcosé et un peu d’azote pour éviter
le SNHP.
Il faut dire que ce qu’il y a de perturbant, c’est de ne pas savoir comment continue la suite de la galerie profonde. En effet, lors de sa dernière pointe
Jérôme s’est arrêté sur un mur. On ne sait pas si c’est un terminus ou si la galerie continue à droite, si elle remonte, si elle descend… C’est de la vraie première !
Nous avons préparé tout cela ensemble.
Je devais être le plongeur de sécurité et attendre le retour de Jérôme et Barnabé vers 50m pour voir si tout est OK.
Arrive le jour de la plongée de pointe. Soucis, Jérôme à toujours son rhume et les sinus sont bouchés. Pas possible pour lui de plonger.
Que faire ??? C’est alors qu’on me propose de remplacer Jérôme pour la pointe, d’accompagner Barnabé dans l’exploration…
J’hésite, mais je dis OK.
Changement de mon diluant qui n’était pas prévu pour aller si loin (je devais être le plongeur de sécurité). Je vide ma 3 litres de 10/50 pour la remplir de
7/87.
Notre super station de gonflage
On arrive sur place, on se prépare et on part pour explorer cette galerie profonde.
Préparation du
matériel
Le « Boris » les
tripes à l’air
Là, on y va !
Départ au scooter, sans traîner. On reconnaît les passages, les blocs de secours sont toujours là.
De 0 à 50m de profondeur la visibilité n’est pas très bonne (3 à 4m). Mais on passe une bifurcation, et là, d’un coup, plus de 20m de visibilité. Nos phares portent
loin, c’est super !
Arrive la galerie profonde… On suit le fil laissé par Jérôme les années précédentes. Puis plus de fil. C’est la fin du « connu », le début de la « première » !!!
Le Coach supervise !
Barnabé accroche son fil et hop, un coup de scooter et on découvre la suite de la galerie. Magique, la visibilité est d’au moins 20m, le profil superbe.
Nous sommes à 134m de profondeur et cela fait un moment qu’on est parti (environ 40 minutes), on a du parcourir environ 900m de distance depuis
l’entrée.
Malgré les scooters, parcourir une telle distance demande du temps. Mettre en place et poser du fil aussi…
Nous avions deux possibilités de faire demi-tour (autre qu’en cas d’incident).
- Arriver à 150m de profondeur.
- Avoir un « TTS » (Time To Surface) des ordinateurs à 300 minutes.
C’est ce dernier cas qui nous fera faire demi-tour.
Là commence une longue, très longue déco.
L’avantage de la plongée spéléo, c’est qu’on fait toujours la déco le long d’une paroi où au fond, ce qui est plus confortable qu’en pleine eau accroché à un
parachute.
Premier stop vers 100m. Ce sera pour nous l’occasion de mettre sur le fil une flèche à David « Tautaz » qui aurait du être avec nous.
Ensuite on remonte doucement en suivant le fil d’Ariane. Nous retrouvons nos
flèches. Nous profitons du retour pour récupérer tous les blocs de secours laissé. Nous finissons comme de véritables tankers, heureusement que le scooter est
là pour nous traîner.
Les paliers s’allongent au fur et à mesure que nous remontons vers la surface. Nous avançons tout doucement.
Au bout de 160 minutes de plongée, on arrive enfin à la cloche. Tant mieux, je commence à avoir froid malgré une eau à 18°C. C’est le moment pour nous de poser tous les blocs que nous avions sur nous, les scooters et autre matériel (dévidoirs, caouech…). On se sent plus léger.
Ensuite, on prend un des détendeurs accrochés à la cloche et on pose les recycleurs à l’entrée. Et hop, un coup de palme et on se
retrouve dans la cloche.
C’est sombre, on prendra nos lampes de secours pour avoir de la lumière. C’est bruyant car nous expirons dans la cloche et le surplus de gaz sort par l’entrée dans
des gargouillis.
Les plongeurs sont dans la cloche
Il ne faut pas être tout à fait normal pour partager pendant 3h20 un réservoir à eau d’un mètre cube…
Sortie « extra-cloche » pour prendre l’air…
Nous avons 200 minutes à passer dans la cloche à respirer de l’oxygène. 200 minutes dans un mètre-cube, avec Barnabé. On a intérêt à bien s’entendre… ce qui est
le cas. Martin notre plongeur de soutien nous apporte nourriture, boisson et un appareil photo pour tuer le temps. Cela fait du bien de manger et boire (barre
de céréale, tube énergétique et poudre dans l’eau GO2).
Le rythme est calme. On « rince » toutes les 20 minutes afin de soulager nos alvéoles pulmonaires qui subissent une PpO2 de 2.3 bars. Le gaz de rinçage est un 10/60 qui est l’occasion de franche rigolade avec « l’effet Donald Duck » de l’hélium. Les rinçages sont nécessaires, et malgré cela au bout de 3 heures
on commence à avoir la gorge irritée et des remontées gastriques… Il faudra remédier à cela pour la prochaine
fois.
Enfin on sort…
Le pire sont les 30 dernières minutes :
interminables, insupportables.
Enfin la libération, on se remet dans l’eau, on remet les recycleurs sur le dos en étant très prudent. Cela fait plus de 3h que la machine est en stand-by. On
fait bien attention à que la chaux chauffe bien de nouveau et que le CO2 est bien fixé.
Enfin, on se dirige vers la surface à la vitesse de 3 minutes par mètres : 33 minutes tout de même pour remonter de la cloche à la surface. Heureusement
que des petites bêtes sont là dans la roche pour nous occuper.
Au bout de 400 minutes de plongée, enfin le retour à l’air libre.
6h40 de plongée.
C’est super, très supportable dans les conditions que nous avions.
On se déséquipe doucement dans l’eau, ce n’est pas le moment de faire des efforts. Je sors, je pose enfin ma combinaison, une libération tout de même.
Je sens une gène au niveau des poumons, Barnabé aussi, comme si nous avions une bronchite. Jérôme nous rassure : c’est tout à fait normal vu le temps passé sous
oxygène hyperbare (on est sorti avec un CNS proche de 900% il me semble).
On file directement au restaurant d’à coté pour fêter cela :
- Plongée spéléo la plus longue (distance) et la plus profonde du Portugal !!!
Après l’effort…
Remerciement :
- Aux personnes du SPE (Société de Spéléologie Portugaise) pour leur accueil, le gîte mis à notre disposition et nous avoir fait confiance dans cette
aventure.
- A tous ceux qui nous ont soutenu dans cette expédition.
Mes réflexions sur cette plongée :
- Le recycleur est vraiment l’outil idéal pour des plongées longues et profondes. Une telle plongée en circuit ouvert n’aurait pas été envisageable avec le même niveau de sécurité.
- Nous avons mis plusieurs semaines à tout préparer, à tout planifier. Ce n’est pas de l’improvisation et toute cette
préparation à permis de plonger serein.
- Je suis surpris de la facilité à supporter 3h20 dans un mètre cube avec un pote. Je savais déjà ne pas être claustrophobe, maintenant j’en suis sûr.
- Je n’ai qu’une envie : Refaire, plus loin ? plus long ? Mais surtout en travaillant encore ma configuration, mon matériel, nos solutions de secours afin que ce
genre de plongée soit toujours un plaisir.
- Nous n’avons eu aucun incident durant toutes nos plongées, mais restons prudents et vigilants.
Par Barbuzard
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Voilà, nous y sommes presque. Demain matin c'est le départ direction Alcanena. Hier avec Laurent, nous nous sommes fait un ultime training sur le U171. 75' au fond pour une sortie après 135' de
plongée. Pose de fil, course de scoot et autres maniements au fond ont rythmé notre ballade. Près pour l'expé comme jamais. A la sortie nous avons pu admirer Tara, le navire océanique,
ex-Antartica, cher à notre pote Manu. La phrase du jour serait "c'est de là que ça part!". Nous avons aussi une forte pensée pour David qui sera d'une certaine façon avec nous. Aujourd'hui est
aussi un jour particulier...
Par Barbuzard
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Enfin... Il y a quelque temps je m'était laisser entendre la légende qu'avec un recycleur la config' était bien plus légère... Vous me direz qu'on n'est pas obligé
de faire de la souterraine avec des run-time longs et profonds. Ok! Il n'empêche que là rien qu'en gaz, vu la quantité, on aurait pu faire un remake de "la haut" et emmener directement la maison
au bord du trou à Alcanena.
En quelques jours pour Laurent et moi: une 20l, cinq S80, une 12l, deux 10l, une 7l, quatre 3l et autant de 2l, le tout gonflé de mélanges exotiques comme du 7/88, du 10/60, 18/75, 30/30, 50/50
et bien sur O2 pur. Autant dire que dans la logique des choses et si tout se passe comme prévu, les B50 que nous emmènerons seront là juste pour compenser notre conso' des recycleurs.
J'en entends déjà qui se sentent obligé de dire: "ça y est on nous a changé le Barbuz' pour un Shadock...". Ouaip ben pas encore, il n'empêche que j'ai tout de même dit, en finissant la
dernière bouteille, "c'est tout pour aujourd'hui!".
Dans tout ça, demain, je retrouve Laurent pour un ultime training sur le U171 avant de
prendre la route direction Olhos d'Agua do Alviela...
Par Barbuzard
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